Le Groupement nomade en Mauritanie

Dans le cadre du projet OMNIA et le sous-projet GHAWDAT, projet financé par l’UE et délégué en partie, pour la mise en œuvre, à la société française Themiis appuyée par les experts de la société Sofreco, la dernière livraison de dromadaires a eu lieu au profit du Groupement Nomade faisant partie des services de la Garde Nationale de Mauritanie.

Un petit historique du Groupement nomade est nécessaire.

Le Groupement Nomade, qui est actuellement sous tutelle du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, a été créé en 1911, du temps où l’armée française occupait le désert et lançait ses patrouilles méharistes vers le Mali, l’Algérie et le Maroc.

Les Groupements Nomades ont toujours été la propriété de l’Armée Nationale et montés uniquement par les militaires.  Leurs zones de prédilection étaient particulièrement les deux Hods, Hodh El Charghi et Hodh El Gharbi au sud-est, et l’Assaba au centre sud. Mais il leur est arrivé d’être sollicités dans d’autres zones difficiles du pays dans des circonstances particulières.

Outre la recherche des zones de pâturage et les points d’eau, ainsi que le curage des puits, leurs missions principales consistaient à accentuer le prolongement des services de base de l’Etat, en direction des populations démunies et, de surcroit, installées dans des zones enclavées et austères, sachant qu’à l’époque le terrorisme n’entrait pas dans le vocabulaire des mauritaniens.

Il y avait toujours deux unités montées qui effectuaient, à tour de rôle, des patrouilles d’une durée de trois mois dans lesdites zones. Chacune de ces unités comptait en son sein deux guides, suffisamment expérimentés – capables de “renifler” l’eau à distance et prédire, avec certitude, l’arrivée d’une pluie dans telle période du jour ou de la nuit. Elles étaient accompagnées d’un vétérinaire (pour les bêtes), ainsi que d’un infirmier major (pour les personnes), avec les dotations sanitaires adéquates pour ce faire. Avec leur sens de l’orientation, ces méharistes effectuaient des arrêts, souvent longs, à chacun des campements. C’était une véritable administration qui s’installait : visite du chef de campement, recensement des problèmes trouvés sur place, qu’ils fussent d’ordre administratif et même judiciaire, des problèmes de santé et autres difficultés particulières. Ces problèmes étaient généralement traités et des actes appropriés étaient dressés sachant que pendant chaque mission, le commandant d’unité était investi du pouvoir de Police Administrative. Les autorités des régions traversées étaient informées de tous les problèmes rencontrés ainsi que des cas traités.

Ces missions assignées aux unités nomades ont évolué dans le temps, mais le haut commandement, connaissant l’utilité de ces formations montées dans ces zones connues aujourd’hui comme étant des “Zones à Risques”, a transféré leur commandement à la Garde Nationale. En effet, ces dernières années, le développement de la situation sécuritaire dans la zone sahélo-saharienne et les nombreux défis posés aux Etats, ont amené chacun d’eux à adopter ses ripostes propres. C’est ainsi que la Mauritanie, forte de son expérience avérée dans le domaine et réalisant les nouvelles missions dévolues aux Forces Armées, a décidé de réaffecter les groupements nomades, en même temps que tous leurs moyens, à la Garde Nationale. D’où une forme de prolongement de la lutte contre le terrorisme et les trafics de tous ordres par l’implication des Forces sur le territoire grâce au dromadaire qui offre la discrétion et l’efficacité dans la recherche du renseignement et l’instauration de la sécurité.

C’est ainsi qu’est né le Projet d’appui à la Sécurité et au Développement en Mauritanie, financé par l’Union Européenne, donnant une opportunité pour redimensionner ces unités. Le Groupement nomade, basé à Nema, vieillissant et insuffisamment équipé a ainsi réceptionné un complément de dromadaires équipés lui permettant de disposer de deux escadrons montés. Ce renforcement entre dans la politique anti-terroriste mauritanienne et est un complément nécessaire aux Groupements d’intervention spéciales (GSI) de l’Armée qui sillonnent les frontières du Mali et de l’Algérie. Le projet a prévu, entre autres, de fournir ces 250 dromadaires en très bonne santé et des équipements adéquats ; de construire le Centre d’instruction méhariste d’Achemim pour y édifier des bâtiments en béton modernes, bien adaptés et évolutifs, pour servir d’Ecole ; de créer des points d’eau potable et des forages dans ces zones cibles où les populations enclavées et le cheptel vont désormais avoir un environnement moins austère, les rattachant de façon plus visible à l’Etat.

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